Deux ans après le lancement du réseau de stations locales R' couvrant les principales stations de sport d'hiver françaises des Alpes, Dominique Fortunato, responsable du développement, a dressé le bilan de l'activité de son réseau. Il a également évoqué les spécificités de R'.
RadioActu : Comment se passe le développement des radios R' ?
Dominique Fortunato : Plutôt bien, nous avons démarré ce projet il y a maintenant plus de deux ans avec 4 radios, R' Tignes, R' Les Arcs, R' Méribel, R' La Plagne puis nous avons basculé R' Grand Briançonnais et R' Alpes Sud dans les Hautes-Alpes et dernièrement vient de nous rejoindre R' Courchevel qui était anciennement Nostalgie Courchevel en catégorie C.
RA : Justement comment cette radio a-t-elle pu passer de la catégorie C à la catégorie B hors appel aux candidatures ?
D. F. : C'est une spécificité que nous avons inauguré il y a deux ans puisque nous étions nous-mêmes abonnés à Europe 2 en catégorie C et nous avions décidé de passer en catégorie B. Nous allions donc restituer nos fréquences, mais nous avons pu bénéficier de la modification de l'article 42-3 qui permet effectivement à des catégories C ou D de pouvoir changer de titulaire et à l'occasion de ce changement de titulaire de changer de programme ou de catégorie. Je pense qu'il n'était pas vraiment prévu pour cela, mais rien n'empêchait une catégorie C d'aller vers la B alors que l'inverse est impossible, une B ne peut pas aller vers une C. Nous nous sommes donc un petit peu engouffrés dans cette toute petite brèche car on peut penser que cet article avait plutôt était fait pour les éditeurs nationaux. En tant qu'opérateur local, nous avons pu en bénéficier et le CSA a accepté cette analyse juridique qui permet à une radio de catégorie C de passer en B mais jamais à une B de passer en C évidemment.
RA : Quelles sont les spécificités des radios R' ?
D. F. : Nous avons plusieurs spécificités. Nous sommes implantés dans des stations de sport d'hiver donc avec un fonctionnement saisonnier même si nous émettons toute l'année avec de grosses variations de population. Un exemple avec Tignes : 1 500 habitants, 32 000 lits touristiques. Autre spécificité, des auditeurs qui, à 95%, nous écoutent une semaine par an, ce qui implique certaines problématiques sur la nature du programme. Et nous sommes donc actuellement dans la période d'hiver, dans une période de forte activité puisque sur cinq mois nous allons couvrir avec toutes les stations ce que nous appelons 330 000 lits touristiques. Nous comptons par lit touristique deux oreilles, évidemment et des programmes qui sont essentiellement consacrés au tourisme et aux loisirs, c'est-à-dire donner toutes les informations essentielles aux gens qui sont chez nous. Avec encore une particularité supplémentaire qui est le fait que 50% de notre auditoire est étranger et anglophone évidemment.
RA : De quelle manière fonctionne votre régie locale R' Régie et allez-vous vous tourner vers une régie nationale ?
D. F. : Les régies locales sont assurées sur chacun des sites puisque la particularité est que même si nous avons des moyens mis en commun, notamment au niveau de la programmation, il y a bien une équipe sur chaque site et une équipe commerciale aussi sur chaque site. Pour la régie nationale, nous sommes en train de mettre en place une commercialisation nationale. C'est vrai que c'est un peu particulier. Nous pensons qu'il y a un certain nombre d'annonceurs nationaux qui peuvent être très intéressés pour une communication sur notre support. Notre écueil est que nous n'avons pas de chiffres Médiamétrie, non pas que Médiamétrie fasse mal son travail, mais du fait que la méthodologie ne permet à l'enquête d'arriver jusqu'à chez nous. Il y a très peu de touristes abonnés au téléphone en Savoie par nature. Cependant nous avons des chiffres qui sont plutôt encourageants puisque toutes les études qui ont été faites avec toutes les précautions méthodologiques jusqu'à présent par les remontées mécaniques ou par les Offices de Tourisme montrent à chaque fois qu'une personne sur deux écoute nos radios. Il y a donc des annonceurs dans certains secteurs comme l'automobile, l'hygiène-beauté, l'limentaire ou la téléphonie qui sont effectivement très intéressés par les opérations, peut être pas classiques mais de sponsoring ou par des opérations de terrain. Donc nous y travaillons, mais il fallait pour cela que nous ayons une identité. Nus y travaillons depuis deux ans et je pense que maintenant nous pouvons nous lancer sur ce marché.
RA : La langue anglaise est très présente sur votre antenne, est-ce simple à gérer ?
D. F. : Pas toujours et nous avons l'impression que nos auditeurs peuvent devenir assez vite schizophrènes. Cela dépend des stations car il y a des stations qui sont beaucoup plus anglaises, comme Méribel qui est une station fréquentée à certaines périodes à 70% par des anglophones. Il faut donc arriver à trouver le juste équilibre entre le français et l'anglais. On ne peut pas abandonner complètement le français car il y a une importante clientèle touristique française. Mais il faut aussi faire une vraie information en langue anglaise, ce qui veut dire certes doubler les météos, les infos pistes ou les agendas en anglais, mais aussi fournir aux anglais un service par exemple d'informations internationales en anglais. Bien qu'ils soient en vacances, ils ont aussi besoin de ce service. Et la même problématique se pose au niveau de la publicité puisqu'il y a des annonceurs qui veulent des publicités en anglais et en français. Donc nous essayons de faire cohabiter les deux. C'est pas toujours facile. On n'en est pas encore au point de se dire qu'il faut un programme en français et un en anglais.
RA : Est-ce que la radio numérique peut vous aider dans ce domaine ?
D. F. : Peut être. Mais en même temps, nous nous apercevons que la clientèle anglaise est très intéressée par la musique française que l'on passe. On pourrait penser que les anglais ne veulent écouter que de la musique anglaise, mais en fait pas du tout. En fait, ils sont en vacances et cela fait aussi partie de ce qu'ils demandent. C'est vrai que nous avons une programmation française qui est très particulière, très axée sur les nouveaux talents, et à notre grand étonnement nous avons beaucoup de retours de la clientèle anglophone sur la musique française que l'on passe. Donc nous nous sommes déjà posé la question de savoir si avec la radio numérique il faudrait lancer deux programmes, un entièrement français et un entièrement anglais et on en est pas si sûrs. Mais encore une fois je pense que c'est véritablement lié à la caractéristique qui est la nôtre, à savoir que nous sommes des radios pour des gens en vacances. Les habitudes de consommation dans ces cas là sont totalement différentes.
RA : Quel est votre vision de la radio numérique aujourd'hui ?
D. F. : On a pas de vision sur le numérique aujourd'hui. Nous nous disons simplement que la radio en général en France a pris un sérieux retard, et étant donné que nous avons une clientèle qui vient de l'étranger, il faudra qu'en France nous accélérions un petit peu car la moitié de notre auditoire risque de passer au numérique avant nous et c'est un peu gênant. Les anglais ne viennent pas tous en voiture mais le jour où ils viendront tous en voiture avec leur autoradio numérique nous allons être un peu embêtés.
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Par Philippe Chapot
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