ImprimerImprimer - Envoyer l'info à un amiEnvoyer a un ami

 Radio France - Entretien avec Jean-Paul Cluzel17/11/2006 

Jean-Paul Cluzel, PDG de Radio France, a dressé le bilan des premiers résultats de rentrée pour les stations publiques. Il s'est notamment félicité des résultats de France Inter et a souligné les faiblesses de France Bleu.

Jean-Paul CluzelRadioActu : Quels sentiments vous inspirent les premiers résultats de cette rentrée 2006 ?
Jean-Paul Cluzel : C'est assez encourageant pour France Inter. Souvent quand on fait une refonte très importante des grilles en radio, qui un média très fondé sur l'habitude, ça se traduit d'abord par un petit effritement. Pour nous ça s'est traduit d'abord par une augmentation. Je suis très content et particulièrement content pour la manière dont s'installe Nicolas Demorand, alors que les décisions qu'on avait pris avec Frédéric Schlessinger qui avait été très critiquées, comme les changements d'horaire de Daniel Mermet, de Frédéric Lodéon qui se traduisent tout de même par des augmentations assez considérables de l'audience sur les tranches qui en bénéficient. Daniel Mermet retrouve pratiquement ses auditeurs : ça se traduit par un doublement de l'audience de la tranche. Pour Lodéon, ça se traduit par 50% d'audience en plus sur la tranche 21h-22h.

RA Vous attendiez-vous à ce résultat ?
J.-P. C. : Nous avons les intermédiaires. Jusqu'à présent, l'augmentation a été presque continue. J'avais donc bon espoir. Par ailleurs, je ne me doutais pas des qualités des choix de Frédéric Schlessinger, je ne me doutais pas de Nicolas Demorand. Si ces affaires là étaient des sciences mathématiques, ça se saurait et tout le monde ferait la même audience. Donc il y a une espèce d'alchimie qui se produit ou qui ne se produit pas.

RA : France Info passe devant Europe 1. Elle progresse sur une vague mais elle recule sur un an...
J.-P. C. : De toute nos radios, c'est celle qui est le plus concernée par la révolution multimédia. Il est clair que quand France Info a été conçue, il n'y avait pas internet, ni trois chaînes d'information télévisées, voire bientôt quatre, il n'y avait pas les gratuits, la téléphonie mobile. Ca montre quand même la qualité du travail qui est fait par France Info. Ceci étant, ça nous interpelle beaucoup, Michel Pollacco, moi-même, et nos équipes ont réfléchit à ce que doit être une radio d'information dans ce monde multimédia.

France InfoRA : Si l'instantanéité et la réactivité sont la force de France Info, réfléchissez-vous à installer des formats un peu plus longs dans la grille ?
J.-P. C. : Non, on va lancer une étude. Un peu comme nous avions fait lorsqu'on a réformé France Inter. Les résultats montrent qu'il n'y a pas le feu aux poudres. Donc ça nous donne le temps de réagir. On a pas mal évolué tout de même depuis quelques années. Dans quel sens faut-il continuer à évoluer ? On va prendre le temps de réfléchir et de le faire à partir d'études extrêmement sérieuses, détaillées. J'ai l'intime conviction que la radio doit demeurer dans ce monde multimédia, doit fonder sa spécificité sur le fait qu'on peut la consommer sans écran, sans images, partout et d'une manière facile. C'est d'ailleurs ce qui explique le succès du podcast : avec la radio traditionnelle, il y a une extrême connivence : c'est mobile, c'est gratuit, c'est facile. Il faut que la radio et en particulier la radio d'information continue d'offrir quelque chose de très simple à consommer. C'est plutôt sur les contenus, sur la manière d'approfondir l'actualité que nous allons réfléchir. Mais je serai bien incapable de vous dire dans quel sens nous évoluerons.

RA : France Info reste quand même dans sa fourchette haute d'audience...
J.-P. C. : Exactement, historiquement ça reste très haut. Vraiment, il n'y a pas le feu aux poudres. Il ne faut pas faire avec France Info ce qui a été fait pendant plus de dix ans avec France Inter, c'est-à-dire ne pas faire les ajustements nécessaires. Même si je pense pas qu'il y aura de révolution.

RA : En revanche, les résultats de France Bleu sont décevants ?
J.-P. C. : Oui, il va falloir bien applique les principes de la grille. France Bleu est un réseau de 42 radios locales, la matinale est essentiellement faite par des équipes locales. A partir de certains éléments fabriqués à Paris, nous allons améliorer la qualité. D'ailleurs il y a un nouveau directeur de la rédaction nationale qui a été nommé récemment. Et puis il y a le travail des équipes locales. On a réunit les délégués régionaux pour y réfléchir. Le 12h30-14h00 avec Patrick Sabatier qui, à l'évidence, a du mal à prendre ses marques. On va probablement faire quelques ajustements.

France BleuRA : Est-ce que la difficulté de cette tranche ne vient pas du fait qu'elle soit nationale et n'a pas l'identité locale que peut avoir le reste des programmes ?
J.-P. C. : Elle n'a jamais été forte sur France Bleu. Historiquement, dans les locales avant la réforme de Cavada, c'était souvent des programmes hérités de France Inter ou de France Info. C'est donc une tranche historiquement difficile pour le réseau Bleu. Il faut bien voir que les équipes de France Bleu sont petites, souvent c'est dix journalistes, dix animateurs. Nos sentiments à Michel Meyer et à moi, aux délégués de France Bleu dans les régions, c'est que la priorité est de mobiliser les forces locales sur les produits à fort potentiel, la matinale et la matinée. La matinée on y parvient assez bien, la matinale. Là il y a une petite faiblesse, on va y travailler. Et sur cette tranche à moins fort potentiel qui est la mi-journée, c'est pas absurde d'avoir un produit national. Encore faut-il que ce produit national réponde bien. Là, à l'évidence on a un petit travail à faire.

RA : Si au niveau national les audiences sont en dessous des résultats que vous attendiez, est-ce qu'il ne serait pas judicieux de travailler région par région sur les stations qui sont en difficulté ?
J.-P. C. : C'est ce que nous faisons. La production nationale en dehors du 12h30-14h00, elle est après 20h, ce n'est pas là qu'on fait le plus d'audience. L'audience est vraiment le résultat de l'agrégation de 42 radios locales. Nous venons de décider de renforcer l'autorité des délégués régionaux sur les directeurs de stations. Il y a des choses qui dépendent vraiment directement de nous qui sont les produits que nous fabriquons à Paris et qui sont réutilisés dans les locales. Il y a la manière dont les journaux, les émissions sont faites localement et ça, ça dépend des équipes locales, c'est la raison pour laquelle on vient de renforcer l'autorité des délégués régionaux pour pratiquer un pilotage très proche des réalités locales.

RA : Concernant France Musique, vous avez expliqué que ces résultats traduisent une modification importante su comportement du public dans ce secteur particulier. Vous faites allusion à Radio Classique ?
J.-P. C. : Evidemment. L'audience cumulée de France Musique est la même que Radio Classique, c'est plutôt bien, on pouvait craindre de faire moins bien. Inversement, on voit bien que la durée d'écoute de Radio Classique est très supérieure à la notre. On a fait une étude approfondie sur France Musique, son environnement, les attentes. Il en ressort deux choses. La première c'est que nos auditeurs actuels ou potentiels comprennent fort bien la mission de France Musique, mais pas celle de Radio Classique, à savoir l'intégralité du répertoire et des oeuvres, la diversité, voire l'exigence. En revanche, ils nous reprochent parfois de nous parler un peu trop à nous-même et de ne pas assez les prendre par la main pour leur faire aborder justement ces territoires d'exigences et leur rendre plus accessibles. A la rentrée, on a fait porter nos efforts principalement sur le week-end, où le samedi et le dimanche ont été sensiblement modifiés avec des émissions exigeantes en matière du répertoire, mais d'un accès plus facile. Et comme par hasard, l'audience de France Musique augmente nettement le week-end. France Musique est une radio payée par des deniers publics, on ne va donc pas faire le travail de Frédéric Olivennes (ndrl :directeur de Radio Classique). Il a été voir Classic FM à Londres et à Berlin. Il a appliqué une méthode, j'étais le premier à ne pas critiquer. Il l'a fait avec intelligence, mais je ne reçois pas l'argent du contribuable pour faire ce genre de chose, ce qui est tout à fait respectable.

RA : France Culture enregistre un record historique...
J.-P. C. : Oui ! D'abord il faut rendre hommage au travail qui a été fait par Laure Adler. Elle a mis en place de nouveaux concepts, fait le ménage, recruté une équipe qui constitue un formidable potentiel pour la radio. Des jeunes comme Nicolas Demorand. C'est très remarquable, elle a fait ça avec beaucoup de talent. Et David Kessler, avec beaucoup de finesse, a consolidé, arrangé, donné plus de visibilité à la grille. On a eu la chance de pouvoir puiser Nicolas Demorand pour France Inter, mais nous avions le choix entre plusieurs jeunes talents très prometteurs.

Le Mouv'RA : Le Mouv' reste relativement stable, avec une durée d'écoute en légère hausse...
J.-P. C. : On voit bien qu'il y a un contexte des musicales qui n'est pas très porteur. C'est tout à fait à l'honneur de Stéphane Ramezi de ne pas être allé vers la facilité. Il a légèrement ouvert la programmation du Mouv' au-delà du rock pour donner plus de place aux jeunes talents musicaux français. Tout ça, c'est une prise de risque. Il n'est déjà pas sanctionné par une baisse d'audience. Ce n'est déjà pas si mal dans le contexte actuel des musicales. Il faut toutefois reconnaître que nous avons un problème en région parisienne où Le Mouv' est arrivé très tard alors que deux nouvelles radios comme Oüi FM et Ado FM ont bien pris avant elle le créneau du public du Mouv'. Ce n'est évidemment pas facile. Nous avons un problème de notoriété en Ile-de-France où Le Mouv' n'est connu que par un tiers des auditeurs. Il y a du travail. Ce sont des radios financées par le contribuable. On peut avoir une politique de facilité en se mettant sur un créneau très spécifique, très porteur, ou bien on peut se dire que l'argent public doit permettre à de jeunes groupes musicaux français d'être exposés. Je pense que la politique de Stéphane Ramezi est normale par rapport à notre financement public et elle ne se traduit pas par une baisse d'audience. En région, on fait partout entre 4 et 7% d'audience cumulée. On a de nouveaux émetteurs dont un seul et qui est en service depuis très peu de temps lors du sondage à Montpellier. Celui de Lorient et surtout celui de Bordeaux n'étaient pas encore en service. Montpellier venait juste de démarrer. Je pense que nous allons continuer. Si nous arrivons à avoir ses nouveaux émetteurs, c'est parce que Stéphane Ramezi présente au CSA et au Ministère de la Culture une politique musicale qui n'est pas dans la facilité. C'est aussi nécessaire pour justifier qu'on nous accorde des fréquences. Nous devons avoir une exigence de service public.

© ComfmPro/MédiasActu · 2008 · Reproduction strictement interdite
Par Thibault Leroi


Le RADIO! - Les exposants du salon (galerie)
    
RadioActu - Retranscription du chat avec Marc Scalia



Autres informations en rapport :
Radio France - 120 heures de programmes au coeur du Festival de Cannes (13/05/2008)
Radio France - Partenaire des Nuits Sonores à Lyon (22/04/2008)
Radio France - Premier groupe radiophonique français (16/04/2008)
Radio France - Une campagne pour la saison musicale 2008-2009 (05/04/2008)
Radio France - JP Cluzel rencontre les auditeurs nantais (31/03/2008)
Radio France - Incertitudes sur le financement de la radio publique (21/03/2008)
France Musique - Marc-Olivier Dupin nommé directeur (20/03/2008)
France Info - Nomination à la direction de la communication (14/03/2008)
Radio France - La finale de la Coupe de la Ligue de Football en intégralité (11/03/2008)
Radios Francophones Publiques - 100 % de chansons françaises (28/02/2008)
Radio France - Des messages de soutien à Ingrid Betancourt (22/02/2008)
Radio France - Sylvain Anichini met un terme à ses fonctions (21/02/2008)
Radio France - L'intersyndicale veut être reçue à l'Elysée (18/02/2008)
Radio France - Peu de perturbations des programmes (19/10/2007)


Passeport

Utilisateur :

Mot de passe :



Obtenez votre passeport à partir de 4,30€ par mois


Copyright © Tv-Radio/Comfm 1995-2008 · Contenu Copyright © MédiasActu SA 1997-2008 · Contacter l'équipe · Infos légales · Logos