Président-fondateur de NRJ, Jean-Paul Baudecroux est un des pionniers des radios dites "libres" qui a su faire jaillir des balbutiements des années 80 une radio musicale devenue pivot d'un des plus puissants groupes de radio en France. Afin de donner un nouvel élan à ses activités, il est revenu aux manettes en prenant, outre la présidence de conseil d'administration, la direction générale de son groupe. En exclusivité pour RadioActu, il dresse un panorama de son action.
RadioActu : Vous venez de reprendre en main la direction générale de NRJ Group. Quelles raisons vous ont poussé à prendre cette décision ?
Jean-Paul Baudecroux : Au moment où nous devenions un groupe multimédia avec des activités nouvelles, j'ai pensé que le moment était venu de remettre l'ensemble sur les rails et de réduire les coûts. C'est ce qui m'a incité à revenir aux manettes.
RA : Vous avez déclaré vouloir redynamiser les radios de NRJ et leurs régies. Le renouvellement du staff suffira t-il ?
J.-P. B. : Nous avons de très bons collaborateurs. Nous allons optimiser la gestion et réduire les charges, parce qu'il est vrai que de mauvaises habitudes ont été prises. Nous allons remettre tout cela sur les rails, en espérant de surcroît que la croissance et l'activité vont soutenir tous nos efforts. Il y a du travail, mais je suis assez confiant.
RA : Vous avez également dit que Internet est le meilleur ami de la radio, pourtant NRJ semblait distancé dans ce domaine ?
J.-P. B. : La radio est également le meilleur ami d'Internet, puisque vous le savez, la radio est le premier média consommé sur Internet. C'est le seul que l'on peut consommer à tout instant quelque soit son activité. Il est intéressant de rappeler que nous sommes le premier site radio avec nrj.fr, comme la dernière enquête Nielsen du mois de juin vient de le confirmer, avec 1 400 000 visiteurs uniques par mois. En juin, sur NRJ Network, nous faisons 2 700 000 visiteurs uniques, ce qui représente une progression de 90% par rapport aux périodes précédentes. Ces résultats sont significatifs, bien qu'encore marginaux par rapport au reste de nos activités médias traditionnelles.
RA : Faut-il les opposer ?
J.-P. B. : Je ne pense pas qu'il faille opposer Internet et les médias traditionnels. On s'aperçoit bien qu'en fait Internet est le lieu de consommation des médias traditionnels et à l'avenir ces médias seront de plus en plus consommés sur Internet. Nous le constatons par exemple, avec le succès de nos players radio qui va croissant. En fait, Internet c'est le média de tous les médias.
RA : Le retour de Christophe Sabot est-il destiné à booster ce média ? Allez-vous procéder à des acquisitions dans ce domaine ?
J.-P. B. : Il faut le reconnaître, nous avons un problème sur les programmes, avec des dérives sur le positionnement de certains d'entre eux, ils se cannibalisent parfois. J'ai donc fait appel à Christophe Sabot, avec lequel j'avais travaillé il y a plus de 10 ans, pour repositionner chacune de nos marques dans leur territoire pour éviter toutes cannibalisation entre elles. Dans le domaine des acquisitions nous sommes très pragmatiques, nous observons et nous agirons si la bonne occasion se présente.
RA : L'accord qualifié "d'historique" entre NRJ Global et AOL est-il la première pierre du nouvel édifice ?
J.-P. B. : Absolument. Nous avons une forte légitimité sur les marchés locaux avec 350 commerciaux, c'est unique en France. Seuls Les Pages Jaunes et Paru Vendu ont des forces de vente exclusives comparables. 350 commerciaux qui vendent de la radio sur le terrain à des annonceurs locaux, sachant que radio et Internet fonctionnent très bien ensemble, nous avons donc convaincu AOL de nous confier sa régie. C'est donc 14 millions de visiteurs uniques qui viennent s'ajouter à notre panel. A la rentrée, nous allons annoncer d'autres avancées significatives et de poids dans ce domaine.
RA : Que pensez-vous de l'entrée de TF1 en radio, avec la régie du GIE des Indépendants ?
J.-P. B. : Nous sommes bien allés sur la télévision ! Je pense que c'est une bonne chose pour nous parce que TF1 ne connaît pas la radio. Il y aura donc des passerelles avec nous. D'autre part, grâce a cet accord, nous passons de notre position de 3ème régie de France à celle de 2ème régie et, "cerise sur le gâteau", nous devenons la 1ère offre radio sur les 15-35 ans et les 15-49 ans ainsi que sur les ménagères de moins de 50 ans avec enfant de moins de 15 ans. Ce sont des critères essentiels qui représentent 80% des plans médias. A partir du 1er janvier 2009, NRJ Global sera l'offre la plus puissante.
RA : Pour quelles raisons ?
J.-P. B. : Parce qu'à mon avis le groupe Lagardère a commis une vraie erreur en laissant partir le GIE, ce qui réduit de façon significative l'importance de son offre, mais surtout il risque d'être mis à l'écart par la plupart des acteurs qui achètent aujourd'hui en bi-régies.
RA : Malgré une diversification coûteuse, souhaitez-vous poursuivre la mise en oeuvre de la stratégie multimédia ?
J.-P. B. : C'est évidemment coûteux, mais quand on lance une chaîne TV comme NRJ 12, on sait que les recettes et le bénéfice ne seront pas immédiats. Constatons simplement que NRJ 12 est en avance sur son plan de marche. Je me réjouis d'avoir été candidat. A l'époque, lorsque j'allais solliciter une fréquence au CSA, on me disait que j'allais tout à perdre dans cette activité. Certes, nous perdons de l'argent depuis 3 ans, mais on aperçoit la lumière au bout du tunnel.
RA : La stratégie de diversification n'a-t-elle pas eu une incidence sur la baisse de la radio ?
J.-P. B. : Je ne le crois pas. La baisse de la radio est liée au fait qu'il n'y avait pas d'attention suffisante apportée à nos programmes et nos formats respectifs. Le marché de la télévision nourrit la radio et lui amène des annonceurs. C'est ainsi que NRJ 12 attire des annonceurs que NRJ n'avait pas en radio. Cela permet une offre bi-média.
RA : Quelle sera votre politique dans le domaine international ?
J.-P. B. : Nous sommes entrain d'étudier les différents schémas qui s'offrent à nous : fusions dans certains pays, cession pure et simple sur des petits marchés dans lesquels nous n'avons qu'un programme à proposer face à des conccurents qui en offrent 2 ou 3, discussions avec des partenaires... Nous faisons du cas par cas en vue d'optimiser au mieux ce créneau. Une certitude : là où nous sommes présents, la marque NRJ intéresse beaucoup de monde !
RA : Selon vous, quel est l'avenir de la radio numérique ? Faut-il à nouveau reporter les appels à candidature, ou les annuler ?
J.-P. B. : Non, la radio est le seul média où l'on peut écouter de la musique en analogique. Au siècle du numérique, il paraît anachronique d'obtenir la radio en analogique. Elle ne peut pas rester un îlot analogique au milieu d'un océan numérique, c'est pourquoi nous sommes les ardents défenseurs de la radio numérique. Reste au CSA à lancer les appels candidatures. Et là nous serons très présents.
RA : Une chaîne mutualisée TV-Radio-Web-Presse écrite avec un outil de production collaboratif permettant d'accéder et diffuser tous les contenus collectés, sera présentée grandeur nature au salon Siel-Satis-Le Radio, fin octobre à la Porte de Versailles à Paris. Qu'en pensez-vous ?
J.-P. B. : Je ne connais pas cette expérimentation, il m'est donc difficile d'en parler. Mais toutes les initiatives innovantes sont intéressantes à examiner, en fait cela rejoint mes idées. Je suis très intéressé par ce projet.
RA : Le volontarisme d'Orange en matière de contenus, de Vivendi qui veut devenir un acteur majeur de la TMP (Télévision Mobile Personnelle), leur capacité financière, sont-il pour vous une source d'inquiétude ?
J.-P. B. : Pas pour nous qui sommes des nouveaux entrants dans la télévision, mais sans doute pour ceux qui ont des positions dominantes dans ce métier et dont l'essentiel de leurs revenus dépend du système actuel. Effectivement, je pense qu'Orange va à l'avenir être un concurrent sérieux pour Canal+.
RA : Vous sembliez dire que la TMP serait sans doute le 1er système numérique pour la radio ?
J.-P. B. : C'est vrai, le CSA a la possibilité de lancer un appel à candidature pour qu'il y ait 8 à 10 stations de radio sur tous les téléphones et les baladeurs numériques. C'est dommage qu'il ne le fasse pas.
RA : Vous venez de nommer Jacques Roques au poste de directeur délégué du pôle technique. Qu'en est-il de l'avenir de Towercast et de votre recherche de partenaires ?
J.-P. B. : C'est public : Towercast a lancé un processus auprès de BNP Parisbas pour examiner les différentes offres qui seront faites, soit pour une cession, soit pour un partenariat. Nous sommes très souples, très flexibles, mais ce sera peut-être rien, si le montant des offres est jugé insuffisant. Il est vrai que d'être actionnaire à 100% de Towercast, et bien que cette filiale connaisse un développement important, puisse être handicapant car beaucoup de nos concurrents ne souhaitent pas nous confier leur diffusion. Pourtant, nous avons depuis des années des clients concurrents fidèles, je pense en particulier à Skyrock pour lequel nous diffusons 60% de son réseau à leur grande satisfaction. Il est vrai également que des groupes comme M6 ont toujours rechigné à nous confier leur diffusion TMP, ils ont préféré Antalys et se sont retrouvés quelques temps après à TDF. C'est pour cela que nous avons intérêt à faire rentrer des partenaires, pour que Towercast ne soit plus identifié comme filiale à 100% de NRJ.
RA : Un mot sur le départ de Marc Pallain...
J.-P. B. : Je suis assez ému de son départ, parce que nous avons travaillé ensemble pendant de nombreuses années. Il a préféré faire autre chose et nous nous sommes quitté d'un commun accord, de façon tout à fait élégante. Voilà... C'est une page qui se tourne.
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Par Maurice Chapot
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