Dans le cadre des Assises du Numérique organisées par le gouvernement, un Atelier consacré à la radio numérique était organisé ce mardi 24 juin à la Maison de Radio France. Seuls des membres de GRN sont intervenus au cours de cet atelier. Dans une "Déclaration pour la Radio Numérique", quelques propositions concrètes ont été formulées, notamment sur la question de la bande III.

L'objectif de cet Atelier consacré à la radio numérique était de "faire émerger des propositions concrètes qui viendront nourrir le plan de développement de l'économie numérique" que présentera en juillet prochain Eric Besson, Secrétaire d'État chargé de la Prospective, de l'évaluation des politiques publiques et du Développement de l'économie numérique. Dans son discours, ce dernier n'a finalement pris aucun engagement concret. Concernant la question centrale de la bande III, tous les opérateurs présents souhaitent qu'elle soit réservée dans son intégralité à la diffusion de la radio numérique. Cette bande est aujourd'hui encore partiellement occupée par la diffusion analogique de Canal+. Certains opérateurs ont menacé de ne pas se lancer dans la diffusion de la radio numréique si cette bande n'était pas entièrement affectée à la radio.
"Le Comité Stratégique pour le Numérique travaille actuellement au schéma de réaffectation des fréquences libérés par l'arrêt de la télévision analogique : j'ai veillé à ce que ses travaux portent une attention particulière à la radio numérique, qui doit profiter de ces fréquences dites en or", a indiqué Eric Besson, tout en ajoutant que "ce schéma s'appuiera sur un plan cible des fréquences, donnant une visibilité à moyen terme aux secteurs de l'audiovisuel, dont la radio, et des télécommunications". Il estime que "l'accès à la bande III semble être un préalable requis : seul un accès à ces fréquences pourra permettre aux radios d'être diffusés en qualité numérique à un coût permettant une couverture optimale". Jean-Paul Cluzel, PDG de Radio France, ainsi que les opérateurs présents, ont manifesté leurs inquiétudes autour de la bande III. Eric Besson s'est engagé à soutenir les opérateurs et a expliqué que "l'accès privilégié des opérateurs de radio à la bande III fera partie des scénrios présentés prochainement au Premier Ministre".
Il s'est par ailleurs prononcé en faveur d'une forte couverture territoriale de la radio numérique dès son lancement, alors que l'actuel appel aux candidatures lancé par le CSA ne prévoit d'une couverture initiale de 30% de la population française. De plus, cet appel comprend des fréquences en bande L afin de pallier le manque de place en bande III. Eric Besson a d'autre part retenu la proposition consistant à établir un plan de développement de la couverture des réseaux de radio numérique sur la période 2009-2012 afin d'assurer la couverture de la plus grande majorité de la population et des principaux axes routiers. Il a également retenu la proposition de rendre obligatoire l'intégration de la réception de la radio numérique dans les récepteurs de radio commercialisés en France, "de façon progressive entre 2010 et 2013". A ce sujet, en marge de cet Atelier, Alain Massé Directeur délégué en charge de la veille stratégique et des Affaires Internationales à Radio France et président du nouveau groupe radio de l'UER, s'est exprimé lors du RadioAsia 2008 le 16 juin dernier. Il a indiqué que les fabricants doivent fabriquer des récepteurs abordables qui incorporent des puces mutli-standards afin que les services de radio numérique émis puissent être captés qu'ils soient en DMB, DAB+ ou DRM. Il a notamment indiqué que la France avait choisi le DMB mais que d'autres pays choisissaient le DAB+. Reste cependant un obstacle de taille : avec le choix du T-DMB, la France est aujourd'hui technologiquement isolée de ses voisins européens en matière de radio numérique. Eric Besson estime que l'intégration obligatoire de la réception de la radio numérique dans les récepteurs, si elle est "une mesure de bon sens", doit cependant "être considérée avec soin pour qu'elle puisse être envisagée en pleine conformité avec le cadre législatif européen". En conclusion, Eric Besson a souhaité "laisser la parole à la radio de demain, dont la voix s'entendra bientôt partout en France en qualité 5.1.". Conclusion pour le moins étonnante quand on sait que la norme retenue, particulièrement gourmande en bande passante, aura les plus grandes difficultés à proposer un son au minimum équivalent à celui de la FM.
Certains opérateurs, dont Jean-Paul Baudecroux (NRJ Group) ont émis le souhait que des stations de radio soient intégrées à la Télévision Mobile Personelle, afin de compléter la couverture de la radio numérique. D'autre part, les opérateurs présents à cet Atelier (*), ont publié une "Déclaration pour la radio numérique", dans laquelle ils demandent " la mise en place rapide de mesures permettant un développement accéléré du parc de récepteurs de radio numérique et de déploiement des réseaux de radio numérique en bande III". Outre les arguments classiques concernant les données assoicées et l'extension de la couverture des radios existantes, cette déclaration préconise la mise sur le marché de terminaux de réception grand public "dès le début de la diffusion prévue en 2009, en prenant toutes dispositions favorisant une gamme étendue à tous les produits susceptibles d'accueillir la fonction radio". Ils souhaitent que l'intégration obligatoire de la réception de la radio numérique soit "appliquée d'abord aux équipement dotés d'écrans puis à l'ensemble des récepteurs de radio, en tenant compte du rythme industriel de production et d'intégration, et de la dynamique attendue de baisse des prix des équipements".
Enfin, ils souhaitent que la bande III soit affectée en priorité aux services de radio numérique, "afin de tenir compte de la diversité exceptionnelle du paysage radiophoniques français qui nécessitera plus de ressources en fréquences". Ils soulignent que la bande III est "la seule qui permette de déployer des réseaux de radio dans des conditions économiques viables". Seule ombre au tableau : la seule voix du GRN semble désormais être celle qui soit habilitée à exprimer les intérêts des grands opérateurs nationaux. Les stations associatives, les plus menacées économiquement par les coûts engendrés par la diffusion numérique de la radio et qui représentent une grande partie de "la diversité exceptionnelle du paysage radiophonique français" dont se prévaut le GRN, étaient encore une fois les grandes oubliées de cet Atelier consacré à la radio numérique.
(*) : Charles-Emmanuel Bon (RTL), Pascal Chevallier (SIMAVELEC), Jacques Donat-Bouillud (TDF), Oussama Ouzzani (Lagardère Active), Mathieu Quétel et Philippe Gault (SIRTI), Christophe Sabot et Jean-Paul Baudecroux (NRJ), Pierre Bellanger (Skyrock), Jean-Paul Cluzel (Radio France), Axel Duroux (RTL) et Alain Weill (NextRadioTV).
Crédit photo : Radio France - Christophe Abramovitz
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Par Thibault Leroi
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