Après l'adoption par le gouvernement en décembre 2007 du T-DMB comme norme de diffusion, le CSA s'apprête à lancer un premier appel aux candidatures sur la radio numérique. Mais la norme adoptée ne risque pas de révolutionner le paysage radio actuel.
Il aura donc fallu 4 mois au CSA pour ouvrir un premier appel aux candidatures sur la radio numérique. En décembre dernier, Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la Communication, entérinait l'arrêté fixant le T-DMB comme norme de la radio numérique, signant du même coup l'isolement technologique de la France du reste de l'Europe. Le T-DMB est une norme issue de la famille DAB, conçue pour diffuser de la Télévision Mobile Personnelle et utilisée seulement par la Corée. Depuis plusieurs mois, les principaux opérateurs privés et public ont soumis le gouvernement à un lobbying intense pour imposer cette norme. L'objectif ? Eviter l'arrivée massive de nouveaux entrants et préserver leurs parts de marché actuelles. Le tout au détriment des auditeurs et de l'intérêt qu'aurait pu représenter un enrichissement conséquent de l'offre radio actuelle. Cet enrichissement de l'offre fut l'une des clés du succès de la TNT en France.
La diffusion numérique de la radio n'est pas compatible avec le parc de récepteurs actuels et va nécessiter l'achat de nouveaux appareils par le grand public. Les seuls récepteurs capables actuellement de décoder des émissions en T-DMB sont commercialisés aux alentours de 200 euros. La conception et la fabrication de récepteurs spécifiquement destinés au marché français va entraîner selon de nombreux observateurs un surcoût et freiner le développement de la radio numérique en France. En dépit de la capacité moindre de stations pouvant être diffusées sur les futurs multiplex par rapport au DAB+, de la qualité sonore peu convaincante des expérimentations actuelles menées en région parisienne et du coût très élevé des récepteurs capables de recevoir les émissions diffusées en T-DMB, le CSA ouvrira ce jeudi 27 mars un premier appel aux candidatures sur la radio numérique.
Selon les informations communiquées en janvier dernier par Rachid Arhab, président du groupe de travail sur la radio numérique, ce premier appel devrait concerner une vingtaine de villes, soit environ 35% de la population française. Vraisemblablement, 5 multiplex seront dégagés dans les agglomérations moyennes. Bien que les résultats des expérimentations menées par VDL, TDF et towerCast à Paris n'aient pas été rendus publics, ont peut supposer que seules 5 à 6 stations pourront être diffusées avec une qualité acceptable - c'est-à-dire au moins équivalente à la FM - sur chaque multiplex, compte tenu de la bande passante importante consommée par la couche vidéo du T-DMB. En terme de programmes, peu de changements à attendre : les opérateurs historiques se verront attribuer prioritairement une fréquence sur la radio numérique, comme le prévoit la loi. Certains d'entre eux réclament également l'attribution d'une station "bonus" et souhaitent compléter leur couverture du territoire. C'est le cas notamment de RMC et de France Info. De son côté, RTL Group a annoncé son intention de mettre en orbite sur la radio numérique ses deux webradios actuelles, RTL L'Equipe et RTL Autrement. Le groupe Lagrdère souhaite développer au niveau national la future thématique Europe 1 Sport (actuelle Sport MX à Paris). NRJ Group a développé depuis plusieurs mois une offre très riche de webradios, dont on peut imaginer qu'elles ont vocation à se développer sur la radio numérique.
Par ailleurs, la question de l'avenir des opérateurs locaux associatifs sur la future radio numérique n'a pas été réglée par les autorités. En proie depuis plusieurs années à des difficultés financières, ces opérateurs vont devoir supporter le coût d'une double diffusion analogique-numérique qui va encore fragiliser davantage l'économie du secteur. En décembre dernier, Christine Albanel avait pourtant affirmé que "le gouvernement portera une attention toute particulière aux opérateurs les plus fragiles, notamment les radios associatives, qui ne doivent pas rater ce tournant, faute de moyens". Depuis, c'est le silence radio le plus total dans ce domaine de la part du gouvernement. Aucune mesure d'aide spécifique n'a été annoncée concrètement. Enfin, compte tenu du délai des appels aux candidatures (8 à 10 mois), les premières autorisations ne devraient pas être délivrées par le CSA avant la fin de l'année 2008. Les choix stratégiques et politiques de la France vont ralentir encore le processus de numérisation de la diffusion radio, au détriment notamment des radios musicales. Ces dernières sont sérieusement concurrencées par la montée en puissance inéxorable d'Internet, qui est devenue la première source d'écoute de la musique chez les moins de 25 ans. Les auditeurs de demain...
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Par Eléa Vidal
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