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 TDF - Entretien avec Michel Combes, PDG04/02/2008 

Dans une interview exclusive, Michel Combes, PDG de TDF, fait le point sur l'évolution européenne de TDF et sa position de leader sur le marché du Mobile TV. Il aborde également la radio numérique au travers de sa réalité, de ses coûts et des technologies adoptées.

Michel CombesRadioActu : Quelle est la place aujourd'hui de TDF en Europe et en France ? Par rapport à la concurrence internationale ?
Michel Combes : Depuis quelques mois TDF a changé de dimension. D'un acteur français qui intervenait essentiellement sur un métier qui était celui de la diffusion publique, nous sommes devenus un acteur européen qui intervient sur les technologies essentiellement numériques : télévision, radio, télévision mobile personnelle et également sur tout ce qui tourne autour des télécommunications, de la mobilité, avec une montée en puissance dans le domaine de notre activité Télécom. Aujourd'hui, je peux dire que nous sommes l'acteur de référence dans le domaine des services hertziens numériques au niveau européen et nous sommes présents dans neuf pays.

RA : Le rachat de Media & Broadcast, filiale de Deutsche Telekom, commence t-il à vous donner la longueur d'avance que vous aviez escomptée ?
M. C. : Il est un peu tôt pour répondre à cette question puisque le "closing" est intervenu la semaine dernière. En fait nous démarrons. Nous lançons ce que nous appelons un plan à cent jours qui vise à aligner stratégiquement les deux entreprises pour être sûr que nous ayons une vision commune de notre futur. Nous avons démarré en fin de semaine dernière un certain nombre de chantiers transverses qui vont nous permettre d'essayer de dégager les synergies commerciales et techniques, qui nous donneront cette longueur d'avance que je souhaite effectivement avoir en Europe. La télévision mobile personnelle, où l'Allemagne et la France sont sur des calendriers assez parallèles, doit démarrer en Allemagne en été 2008 et devrait démarrer en France fin 2008. En Allemagne, nous sommes d'ores et déjà attributaires de la licence technique. En France le CSA doit encore attribuer la ressource aux éditeurs qui ensuite choisiront leurs prestataires techniques. Nous faisons aussi de la télévision mobile personnelle en Finlande, en Autriche, ce qui nous donne une position importante en Europe. En radio, c'est un peu l'inverse : les Allemands sont partis avant nous, le DAB est une réalité en Allemagne mais pas en France. A partir de l'expérience allemande, nous avons anticipé, pour converger sur une norme numérique commune autour du TDFT-DMB. Nous avons eu des séminaires avec Media & Broadcast qui à l'époque, n'était pas encore filiale de TDF et les grands acteurs de la radio allemande, pour rapprocher les points de vue des acteurs, de nos clients et des opérateurs techniques. Agnostique sur la technologie, nous nous devons d'être opérateur de celle plébiscitée par nos clients. Dans les Télécoms, nous avons une longueur d'avance. C'est-à-dire que TDF depuis maintenant plusieurs années s'est positionnée comme opérateur d'infrastructure hertzienne pour les opérateurs mobiles. Nous allons même aller jusqu'au métier d'opérateur de réseau puisque nous avons obtenu des licences Wimax. Nous défendons des réseaux que nous commercialisons auprès des opérateurs de télécommunication, c'est une activité qui n'existe pas encore en Allemagne et que nous leur avons apportée. Autre exemple : au travers de SmartJog, nous avons commencé à négocier pour démarrer et basculer vers le cinéma numérique. En premier lieu pour la production, puis sur la façon de numériser le circuit de distribution des films depuis le distributeur jusqu'à la salle de cinéma. SmartJog en France y travaille avec les différents acteurs qui se sont lancés, Media & Broadcast avait aussi engagé une démarche dans ce sens en négociant un certain nombre de contrats avec les studios américains. Là aussi on voit bien que nous allons pouvoir tirer la quintessence du fait d'être présent sur ces deux pays. Pour le multimédia, nous devançons légèrement l'Allemagne. Et il y a une vraie demande des acteurs allemands. ARD et ZDF souhaitent externaliser et aussi comprendre comment on peut progresser sur des plateformes nouvelles de type Internet. Nous pouvons les aider en cela. Je crois que l'on a des "maisons" qui ont des cultures assez homogènes. Elles résultent d'un travail commun qui les a placé à la pointe des nouvelles technologies de l'audiovisuel. Tout cela a pris naissance dans des groupes européens auxquels à la fois Media & Broadcast et TDF ont largement contribué et ont acquis une capacité d'innovation et une expertise technique qui interviennent sur les deux plus grands marchés européens : le français et l'allemand. Le fait de réunir ces deux entreprises qui ont une vraie capacité d'innovation, qui ont une vraie expertise technique, qui ont d'ores et déjà démarré le développement des radios numériques, qui interviennent sur les deux plus gros marchés européens avec des calendriers parallèles, nous donne à l'évidence une force de frappe formidable.

Siège de TDF à ParisRA : Et où en sont vos intentions italiennes ?
M. C. : Aujourd'hui en Europe, l'Angleterre, avec un investisseur Australien, Macquarie, a regroupé l'ensemble des secteurs. En Espagne, Avertis est un grand groupe diversifié, équivalent de TDF en France, qui tient à peu près le marché Espagnol, même si nous avons une petite activité sur place. Il y a un pays aujourd'hui en Europe de l'Ouest qui n'est pas consolidé dans le domaine de l'audiovisuel et des télécoms, qui est l'Italie. Sur place, c'est un marché un peu émietté où notre activité est aujourd'hui éclatée entre plusieurs structures : une partie chez la RAI au travers d'une entreprise qui est un petit wagon de l'ancien ORTF, une partie est chez Médiaset qui a gardé son infrastructure technique et puis les opérateurs mobiles ont leurs propres activités. Je pense que ceci bougera. L'an passé, il y a eu des velléités de vendre RAI Way.qui n'ont pas été couronnées de succès. Il y a eu des idées de Mediaset d'externaliser son infrastructure. En fait, le projet actuel Mediaset vient de deux des opérateurs de téléphonie mobile - il y en a 4 sur le marché italien - qui ont décidé de sceller leur infrastructure hertzienne, c'est-à-dire leurs sites. C'est dans ce contexte-là que nous nous sommes positionnés comme étant un candidat potentiel à la reprise de ces infrastructures, ce qui nous permettrait de nous doter de sites hertziens pour ensuite développer l'ensemble de nos métiers. Ma vision est toujours la même : nous sommes un exploitant d'infrastructures hertziennes partagées pour les acteurs de l'audiovisuel et des télécoms. Donc, quand nous pouvons entrer dans ce type d'activité ou de métier, nous essayons de le faire.

RA : La radio fait figure de mauvais élève du tout numérique, que pensez vous du choix des normes ? DRM ? DMB ? DVBSH et ISBT?
M. C. : En premier lieu, je partage le point de vue sur l'urgence stratégique pour la radio de devenir numérique et nous avons porté ce message l'année dernière avec l'ensemble de nos clients, pour décréter l'urgence, de manière à ce que la radio ne soit pas le seul média à ne pas se numériser à un moment où l'ensemble de l'économie des médias devient numérique. Pourquoi le numérique ? C'est plus de qualité, plus de programmes, ce sont des fonctionnalités nouvelles et c'est aussi la possibilité pour la radio d'être distribuée sur l'ensemble des terminaux qui existent aujourd'hui. A terme, ces terminaux et les équipements de réception seront numériques. Le premier enjeu, c'est la nécessité absolue d'éclairer les choses et les techniques possibles pour se faire et de s'assurer que l'ensemble des acteurs converge sur la nécessité d'agir. Quant au choix de la norme technique, j'ai tendance à dire qu'en tant que prestataire nous n'avons pas à prendre parti. Nous avons proposé et explicité les tenants et les aboutissants. Nous avons nous-même réalisé des expérimentations sur l'ensemble des technologies. Les clients ont choisi et plébiscité de manière très large le T-DMB que nous déployons aujourd'hui de manière expérimentale et j'espère demain de manière commerciale les réseaux. Cela dit, il y aura après-demain une radio numérique DRM et j'espère que nous ne faisons que débuter la mutation vers le numérique.

RA : Vous avez de bons espoirs pour le DRM ?
M. C. : Pour l'instant, il y a toujours une problématique de disponibilité déterminante dans cette industrie. Les terminaux tirent un petit peu les réseaux. Je pense qu'un certain nombre de grands marchés sont en train d'évoluer vers le DRM. Les marchés asiatiques notamment. J'ai de grands espoirs sur le DRM, mais probablement plutôt vers 2009-2010 que 2008-2009. Mais il est clair que l'onde courte passera à la technologie numérique et que c'est quand même un merveilleux moyen de diffusion pour rentrer dans les pays.

RA : La radio existe sur Internet et satellite. Etes vous favorable à la présence de la radio sur la TNT et sur la TMP ?
M. C. : Je pense que la radio, tout, comme l'ensemble des médias, ont vocation à une présence sur les différentes plates-formes. D'ailleurs, je crois que le législateur a prévu de réserver une partie de la ressource et le CSA a dû prévoir dans son appel à candidature de réserver un peu de ressources pour les radios. Je pense qu'il faut que la radio soit reçue sur les terminaux mobiles. C'est ça la question. Ensuite, nous pouvons nous interroger pour savoir quel est le meilleur réseau possible pour distribuer sur le terminal mobile. On peut soit passer par le réseau TNT, soit mettre une puce DMB dans le téléphone mobile. Mais je crois qu'il faut permettre une réception large des programmes de radio. L'équation un média = un réseau est finie. Aujourd'hui, ce sont les contenus qui doivent être distribués sur l'ensemble des réseaux disponibles.

Siège de TDF à ParisRA : Les appels à candidature sont en suspens, les radios publiques vont connaître à l'instar des musicales certaines difficultés. Pensez vous qu'aujourd'hui hormis un ou deux groupes, les radios aient la possibilité financière pour intégrer la radio numérique ?
M. C. : Première opinion : les radios estiment que le numérique est une nécessité absolue pour se pérenniser et se maintenir, ainsi que pour s'ouvrir de nouveaux types d'audiences et pénétrer l'ensemble des équipements. Ensuite, c'est aussi un fabuleux moyen numérique d'accroître leur présence puisqu'elles ont encore des présences géographiques assez éparses voire éparpillées et hétérogènes. Et enfin pour introduire les fonctionnalités qui correspondent à la demande du moment. Je pense qu'il y a une vraie volonté de basculer sur le numérique pour les radios et de préserver leur futur. Il est clair que nous risquons d'avoir un simulcast assez long en radio comme nous l'avons eu finalement entre les longues ondes et la FM puisqu'il n'est même toujours pas terminé. Si pour la télévision on compte 1 à 1,5 téléviseur par foyer, la mutation en radio se situe en moyenne à 6 équipements par foyer. Il est clair que le temps que l'ensemble du parc évolue, le simulcast sera donc assez long. L'enjeu pour les radios c' est leur capacité éventuelle de pouvoir évoluer du simulcast AM - FM vers un simulcast FM - radio numérique. C'est aussi la capacité, en distribuant, sur de multiples plateformes et en augmentant leur couverture, d'améliorer leur aptitude à générer de la recette. Pour les radios privés, les décisions récentes du gouvernement qui privent le service public TV ou radio d'aller capter des recettes publicitaires vont quand même se traduire par un record de recettes publicitaires vers les radios. Ceci va donc leur permettre de réaliser des recettes complémentaires pour financer le numérique avec d'autres systèmes de parrainage. Peut être y aura-t-il un jour des types de recettes publicitaires, style radio de poche payante, mais on ne voit pas bien encore chez TDF le modèle économique pour une radio payante dans un paysage où il y a déjà 50 radios gratuites disponibles, pour le cas de la région parisienne. On voit bien que les coûts devront tellement se segmenter qu'il n'est pas exclu qu'à terme les radios commencent à y réfléchir, en thématisant leurs programmes à l'instar de ce qu'on a pu voir émerger en télévision. En résumé, je pense que le passage à la radio numérique est une nécessité. Le coût aujourd'hui du numérique est devenu beaucoup plus abordable. Enfin, c'est un moyen pour elles d'aller chercher des ressources financières additionnelles en étant un peu imaginatives. Michel Boyon disait à juste titre que le vrai problème des médias en France c'est le sous financement des médias. C'est pour cela qu'il a eu une réaction, que je partage, excessivement positive sur les décisions du Président de la République concernant l'audiovisuel public, à condition que l'on trouve un moyen de financement pérenne pour le service public.

RA : Nokia et Apple mettent sur le marché des applications d'écoute mobile WiFi - 3G de radio par internet. N'y voyez-vous pas un danger pour la RNT ?
M. C. : La question est : quel est le réseau le plus efficace pour acheminer des programmes en stream ou en flux vers des équipements mobiles nomades ? Il y a des réseaux 3G et pourtant on est en train de construire un réseau de TMP de télévision diffusée. En fait, les réseaux 3G sont des réseaux de télécommunication qui sont des réseaux dits "point-à-point" qui sont totalement inefficaces pour des consommations de type broadcast. Ce qui veut dire que si nous sommes plusieurs à vouloir écouter le même programme au même moment il faut établir autant de connections que de clients. Je pense qu'il y a complémentarité et que pour le client final ce n'est pas très grave de savoir comment le programme est véhiculé. Il y a un enjeu majeur entre passer par un réseau 3G et passer par un réseau dédié. Dans le cas du réseau dédié, c'est quand même l'éditeur qui a un contrôle du flux et de ce qu'il envoie à son client final, alors que dans le cadre du réseau 3G l'agrégateur qui est au milieu, le distributeur, à un droit de vie ou de mort sur les programmes qui sont diffusés, puisque sans contrôle. C'est lui qui ouvre ou qui ferme le robinet. Je pense qu'il faut un bon équilibre des deux, c'est-à-dire avec le distributeur. C'est la guerre qu'Orange fait sur le contenu en se lançan sur le satellite. C'est vraiment la bagarre entre l'éditeur de contenu qu'est Canal et entre le métier d'éditeur et le métier de distributeur.

Siel, Satis et RadioRA : Une nouvelle manifestation Broadcast visant la dimension européenne aura lieu à Paris en octobre prochain. Elle résulte de la fusion des salons Siel, Satis Le RADIO. Pensez-vous qu'il y a la place à Paris pour un événement broadcast international ?
M. C. : Et bien ma réponse est oui. Elle est mille fois oui. Et je pense que votre initiative en tous les cas vient fort à propos illustrer la transformation de TDF. C'est-à-dire que vous menez une transformation qui est tout à fait similaire à la nôtre. A la fois vous devenez européen au moment où nous devenons européen, et je trouve que c'est un clin d'oeil assez sympathique. J'espère que vous pourrez vous marier avec un salon du même type Outre-Rhin qui sont quand même les deux grands marchés, ça c'est la première chose. Deuxième chose, vous venez du monde du pur broadcast et vous êtes en train d'élargir votre scope à celui de la distribution multi-supports des contenus ce que nous sommes aussi en train de faire. En fait, nous avons deux évolutions qui sont très parallèles. J'ai beaucoup de sympathie pour cette initiative, et je dis clairement : oui, il y a une place à prendre qui correspond à ce que l'on est en train d'observer sur le marché.

Propos recueillis par Maurice Chapot

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Par Maurice Chapot


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